Zebda : "Le micro, c'est notre épée" (interview Second Tour)
Zebda est de retour, et en très grande forme, après une éclipse de sept ans. Second Tour, ce sixième opus est composé d’une collection de titres festifs dont les paroles invitent au partage et à la solidarité, des valeurs défendues par Zebda depuis le début de sa carrière. Magyd Cherfi, Mustapha, Hakim Amokrane et les autres interprètent sans compromis leurs thèmes de prédilection : solidarité, laïcité et combat pacifique. Nous avons rencontré le parolier et l’un des chanteurs du groupe, Magyd Cherfi.
Votre carrière est phénoménale, marquée par un millier de concerts et 5 albums (dont l’un d’eux, Motivés, a connu un succès phénoménal). Partant du principe que ni le public, ni l’industrie du disque n’attend plus personne, quand on revient après une longue séparation, ça donne une pression supplémentaire ?
Certes, si notre public nous attendait, ce n’est pas comme si on attendait le messie. Donc, bien sûr, nous ne sommes pas sûrs de nous. Mais, dès nos retrouvailles, le plaisir scénique a été immédiat parce que le côté excitant du collectif est revenu. On a retrouvé le positif : la complémentarité, la force et l’énergie.
Pour cet album, vous avez fait les choses à l’envers, vous avez testé les nouvelles chansons sur scène avant de les enregistrer.
On voulait d’abord savoir ce que nous étions devenus physiquement, faire un point sur nos degrés de complicité et enfin, tester la qualité musicale de nos nouveaux titres. Nous avions 12 ans d’âge sur scène avec une énergie inespérée. Cerise sur le gâteau, le public avait des yeux émerveillés. Il a gardé l’étincelle.
Le Zebda d’aujourd’hui garde la thématique textuelle et le style musical du Zebda d’hier.
On aurait pu avoir la tentation du contre-pied, du concept novateur, mais c’est dangereux. Je ne sais pas par quelle lucidité, on s’est dit : refaisons du 100% Zebda. Une musique populaire, accessible, évidente et immédiate à l’oreille avec des textes plus profonds qu’il n’y paraît. Il y a des aigreurs, des colères qui sont cachés quand on gratte un peu les textes. Le tout sur des rythmes qui permettent la digestion de tout ça… des parfums méditerranéens, mélange de rock, de musique orientale et de reggae.
Dans J’suis pas, vous affirmez que le micro, c’est votre épée.
Oui, parce que le micro, c’est la parole et pouvoir avoir accès à la parole est un outil terrible et absolument privilégié.
Vous évoquez Brice Hortefeux, l’identité national, le voile… des sujets sensibles, voire brûlants.
C’est tout l’honneur de Zebda, attaquer un sujet périlleux et ne pas le rendre démago. C’est une obsession chez nous. Concernant "Le théorème du châle", on prend une posture laïque, presque républicaine pour interroger une fille qui porte le voile. On est contre le port du voile, mais on essaie d’avoir de l’empathie pour ses filles parce que les médias, les politiques, nous les présentent comme des religieuses ou comme de possibles islamistes radicales. Nous, on sait qu’il y a de nombreux cas où les raisons sont d’une autre nature. Les stratégies, les combinaisons pour exister, un passage de la vie pour s’imposer dans un milieu. On a essayé de ne pas condamner ses filles et même d’essayer de les comprendre.
Vous avez dit que vous vouliez remettre en avant la parole de banlieue et redonner sa dignité à l’immigration.
C’est une formule. Elle vaut ce qu’elle vaut. La seule vérité, c’est quand on est présent face à un public. Il nous juge sur pièce. Il ne faut pas trop nous juger sur du papier. On a des humeurs, on peut faire ou dire des maladresses ou des raccourcis. La seule vérité, c’est la scène. Tu veux juger Zebda, tu viens nous voir.
Interview : François Alquier
MusiqueMag.com

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