Yves Jamait : interview et session acoustique pour "Saison 4"
Avec dix ans de carrière au compteur, trois albums (trois fois disques d’or), plus de 500 dates de concert pour quelques 400000 spectateurs, Yves Jamait fait désormais partie du paysage musical français. Son quatrième album nous permet de retrouver cet écorché vif qui chante les déboires d’une vie avec ses hauts et surtout ses bas, le temps qui passe et l’amour qui s’émousse. Saison 4 est plus sombre, plus nostalgique et plus rock que les précédents opus.
Avec ses textes et son interprétation, en peu de temps, Yves Jamait a su toucher droit au cœur un public de plus en plus nombreux. Désabusé, certes, nostalgique, sans aucun doute, mais l’intranquille artiste garde toujours une discrète pointe d’espoir. L’artiste est venu à MusiqueMag pour interpréter un extrait de son nouvel album, « Même sans toi » et répondre à quelques questions...
Interview:
10 ans de carrière, déjà. Tu en retiens quoi ?
D'abord, le mot « carrière » fait tellement Star Ac… je parlerais plutôt de « parcours ». La date anniversaire correspond à la sortie du premier album. Si je prends le moment où j’ai vraiment commencé, ça fait 13 ans. Je n’ai pas vu le temps passer. Je n’en retiens que des instants fabuleux, inimaginables, inespérés même.
Réalises-tu ce qui t’arrive depuis 10 ans?
Je prends des moments pour réaliser. Je suis devenu à 40 ans celui que je voulais être tout môme. Il est curieux de réaliser que tu as finalement réalisé ton homme. Je peux te dire que c’était mal barré.
Pour fêter l’évènement, tu joues dans ta région… à Dijon dans les petites et les grandes salles. 10 salles en tout.
De toute façon, si je faisais ça à Paris, ce serait noyé dans une espèce de magma de soirées culturelles. J’ai préféré Dijon parce que c’est ma ville, j’ai commencé là-bas. Tous les concerts sont pleins, le Zénith comme les petites salles.
Dans tes spectacles, il y a toujours une notion de partage. Il y a toujours d’autres artistes invités. Tu profites du succès que tu as pour donner un focus à ceux qui en ont besoin ?
Je vais être plus concis, je profite, c’est tout. J’ai toujours adoré la chanson, aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir chanter avec des gens comme Anne Sylvestre, Allain Leprest, Agnès Bihl et bien d’autres artistes que j’aime, qui me reconnaissent à travers mon travail et dont je reconnais aussi le leur. Pour moi, c’est un réel plaisir avant toute chose. Je ne me dis pas: « il faut promouvoir la belle chanson française ». On fait des spectacles de 5 heures ou les gens en redemandent tout le temps. Ce sont souvent des artistes que l’on ne voit pas beaucoup parce que, je ne sais pas, ça ne doit pas faire « mode », ils ne doivent pas être assez branchouilles.
Ton répertoire n’a jamais été guilleret, ce 4e album l’est encore moins…
Moi, je ne le trouve pas plus sombre. C’est juste le temps qui passe et ça ne me rassure pas. J’ai 50 ans cette année. À l’âge de 6 ans, j’ai découvert l’existence de la mort… mon angoisse par rapport à elle ne m’a jamais vraiment quitté. J’ai plutôt un regard lucide sur la vie, ce qui ne m’empêche pas de me marrer et d’en profiter. Même en concert, je fais marrer le public entre les chansons. Tu sais, quand tu vas à un enterrement, les gens au moment de l’enterrement sont dans une tristesse profonde, une demi-heure après, ils sortent et rigolent, pensent à autre chose, refont la vie, parce que sinon c’est intenable. La chanson humoristique, c’est le plus difficile à faire. Moi, je ne sais pas faire, je n’en ai pas le goût. Dans la vie, je ne vois jamais les choses vraiment positivement. J’estime que derrière chaque chose, il y a toujours de la saleté.
Par contre, il n’est pas faux de dire que cet album est plus rock.
J’ai demandé à mon guitariste de colorer un peu plus mon album, de lui donner plus de rythme. Mais, je ne suis pas parti dans l’idée de passer officiellement à un autre cap. L’album s’est fait en une semaine parce tout fonctionnait bien entre les musiciens et moi et parce que l’énergie était bonne. Je ne conceptualise rien, moi, il faut laisser ça aux philosophes.
Tu parles des relations hommes femmes qui ne durent pas toujours.
Il y a combien de divorcés en France ? Je ne dois pas être le seul. L’amour ne rime jamais avec toujours chez moi et dans mon entourage.
Parlons d’Allain Leprest, qui est parti récemment. C’était un pote à toi et tu as souvent chanté avec lui. Je trouve que vos univers sont proches… tu regrettes l’absence dans les médias de celui qui était certainement le meilleur d’entre vous ?
Est-ce qu’il aurait eu envie d’avoir une réputation à côté des gens de la télé-réalité ? Bon, paradoxalement, on souffre de la non reconnaissance des médias. Cela dit, ils sont devenus des portes-plateaux… ce n’est pas insultant, j’étais cuisinier avant. Les médias sont devenus difficiles à choper aujourd’hui. Rien ne fonctionne sans une attachée de presse. J’accepte le circuit, mais j’y vais d’un pied léger. Allain, il lui restait une rancœur là-dessus, mais il savait qu’il était entouré et que beaucoup d’entre nous le vénéraient. Allain Leprest et son fils spirituel, Loïc Lantoine, je leur reconnais une écriture qui fait l’effet d’un Céline en littérature.
Je te mets exactement au même niveau que les deux que tu viens de citer.
Rien ne peut mieux me faire plaisir… merci !
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