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Le 09/11/2010

Souad Massi : interview pour la sortie de Ô Houria

Dans le nouvel album de Souad Massi, Ô Houria, la chanteuse franco algérienne interprète ses titres en arabe algérien, en berbère et en français, tout en mêlant le chaâbi (musique populaire algérienne) et la musique arabo-andalouse. Il est question de liberté, de femme battue, de tendresse humaniste et aussi de la réalité sociale et politique algérienne. Les sujets sont souvent graves et humanistes, comme ce duo rythmé avec Francis Cabrel (qui chante lui aussi en arabe), "Tout reste à faire", hymne à l’injustice, à la préservation de la Terre, à un monde en Paix. Les rênes de ce nouvel album ont été confiés à Francis Cabrel et à son compagnon de route, le guitariste et producteur, Michel Françoise. Des chansons simples, pures, jolies qui n’ont plus grand-chose à voir avec la World Music. Juste du très bel ouvrage textuel et musical, entre rock et folk. Interview dans un hôtel parisien avec une Souad Massi souriante et naturelle. Tutoiement obligatoire...

 

MusiqueMag : Pourquoi as-tu choisi de vivre à Paris depuis onze ans ?

Souad Massi : En fait je navigue entre Alger et Paris. J’ai deux enfants qui vont à l’école à Paris et  pour le travail c’est plus pratique je vive ici. Tous mes musiciens y vivent aussi. Mais j’ai besoin d’aller en Algérie régulièrement, toute ma famille habite là-bas.

 

Cette rencontre avec Michel Françoise et Francis Cabrel est pour le moins surprenante.

Francis Cabrel, je l’ai rencontré il y a six ans. J’ai fait parti de son juré des "Rencontres d’Astaffort". Je ne me souviens pas de grand-chose de ce premier rendez-vous avec lui. Ca s’est passé tellement vite ! L’année dernière, j’ai rencontré Michel Françoise parce que nous devions travailler sur un projet commun qui n’a rien à voir avec celui-là. On devait écrire et réaliser un disque pour un autre artiste.

 

Qui ça ?

Non, je ne peux pas te le dire, ça ne s’est pas fait.

 

Donc, que s’est-il passé avec Michel Françoise ?

Dans la voiture, avec mon mari, il nous a fait écouter quelques morceaux et nous a demandé ce que nous en pensions. Il m’a fait comprendre que je pourrai éventuellement les utiliser. Ca tombait bien, j’avais très envie de chanter aussi en français. Je suis totalement tombé sous le charme de deux titres, "Tout ce que j’aime" et "Ô Houria". Après, il m’a fait visiter le studio de Cabrel ce qui est extrêmement rare. J’ai adoré l'endroit. Il y a une ferme, la maison de Cabrel n’est pas loin. C’est la vraie campagne, ce qui oblige les musiciens à vraiment travailler. Ils ne peuvent pas sortir. Tu te rends compte, si on oublie le sel, on est obligé de faire 30 kilomètres pour aller le chercher ! Sans plaisanter, c’est l’endroit idéal, il y a une très belle acoustique. Quand je suis retournée à Paris, Michel Françoise m’a proposé d’enregistrer un album dans le fameux studio de Cabrel. J’ai accepté et ça s’est fait comme ça. Aussi simplement.

 

Souad Massi : interview pour la sortie de Ô Houria


Francis Cabrel est un artiste important pour toi ?

Oui, évidemment. Il faut savoir qu’en Algérie, je ne sais pas pourquoi, nous sommes très francophones. Ma génération et celle d’un peu avant, tout le monde adore Francis Cabrel.

 

Tu as un sentiment de fierté de travailler avec lui et Michel Françoise ?

Plus que ça. Je ne trouve même pas les mots. Je suis contente, honorée et très fière.

 

Il paraît qu’il est très pointilleux lors des enregistrements…

Il est très à cheval sur la prononciation. Il ne lâche rien et nous pouvons rester deux heures sur un seul mot. Je n’ai jamais vu ça !

 

Et quand il a dû chanter en arabe pour "Tout reste à faire", j’imagine que tu as eu ta revanche…

Même pas. C’est ça qui m’a énervé ! Il me reprenait même quand je chantais dans ma langue alors qu’il ne comprenait pas. Il voulait la justesse du chant, le reste n’importait pas. Lui, je lui ai donné la phrase qu’il devait chanter en phonétique et il l’a fait en une seule prise. C’était insensé !

 

Ta musique a des échos du Cap Vert ou du Brésil, un parfum de flamenco et différentes influences.

Tu sais, l’Algérie, c’est le carrefour de toutes les musiques. On est méditerranéen, on est ouvert sur l’occident, on est africain, on est arabe.

 

Tu parles beaucoup des femmes dans tes chansons…

Dans "Samira Meskina", je parle des vieilles filles qui ne peuvent pas sortir, qui sont frustrées, qui ne peuvent pas faire des études. Dans "Nacera", je raconte le quotidien d’une femme divorcée. Elle est très mal vue et n’attend plus rien de la vie.

 

Tu es une ardente défenseuse des droits des femmes ?

Non, je ne l’ai jamais été. Pas officiellement, en tout cas. J’ai même été un parfait garçon manqué. Je n’aimais pas les filles qui pleurnichaient sans cesse sur leur sort. Il faut se battre dans la vie ! Avec l’âge, j’ai enfin compris des choses. J’ai rencontré des personnes qui travaillent dans des associations et j’ai complètement modifié mon point de vue. Quand on a un couple où règne le respect et où il y a de l’amour, les vrais problèmes paraissent loin.

 

Ce sont les femmes battues qui te préoccupent le plus aujourd’hui…

Quand j’étais en Algérie, j’ai rencontré la sœur d’une amie qui a été battue. Elle m'a montré sa tête qui était cousue. Quand son mari était énervé, il prenait sa tête et la cognait sur le mur. Quand elle allait déposer une plainte au poste de police, on lui rétorquait qu’elle avait dû faire quelque chose de mal. Cette histoire m’a mise hors de moi. J’en ai fait une chanson.

 

Souad Massi : interview pour la sortie de Ô Houria


Comment es-tu perçue par ta famille ?

Comme une rebelle. Je faisais même peur à ma mère. J’ai beaucoup de chance parce que j’ai deux frères qui sont musiciens. Ils m’ont beaucoup soutenu pour que je mène à bien ma carrière… Ce n’est pas commun dans la société maghrébine. Au sein de ma famille, j’ai véhiculé des idées de liberté et de choix d’être différent. Dès mon adolescence, je ne voulais pas être comme les autres.

 

Quel rapport as-tu avec le pouvoir en place ?

Aucun. Le pouvoir n’a rien à voir ni à dire avec ce que je fais dans mon métier. Je sais que j’ai été censurée à la radio un certain moment, je ne sais pas si c’est à cause de mes textes, mais en tout cas plus maintenant. En Algérie, sans te mentir, je passe sur les ondes du matin au soir. Peut-être qu’avec ce nouvel album, la censure va recommencer,  je n’en sais rien. Dans "Une lettre a… Si H’Med", c’est l’histoire d’un maire corrompu, celui d’Alger, qui a volé de l’argent. Il est aujourd’hui en prison.

 

Même s’il ne comprend pas les textes, le public français aime beaucoup tes chansons… Tu l’expliques comment ?

Je pense que les français viennent à mes concerts parce qu’ils aiment le pop folk. Ils sont nostalgiques de Leonard Cohen ou d’artistes comme Bob Dylan. Dans mes concerts, j’explique systématiquement de quoi parlent mes chansons. Même les maghrébins de cette génération, ils ne comprennent pas tous l’arabe. Les jeunes algériens, je suis toujours étonnée qu’ils viennent. Ils écoutent du rap, de la variété ou du RnB. Je ne corresponds pas aux goûts de la jeunesse d’aujourd’hui.

 

Tu as été élevée au folk ?

Oui, mais pas seulement. Mes parents adoraient la musique. De James Brown, Jacques Brel, Edith Piaf à des groupes de rock comme AC/DC, Aerosmith, ZZ Top et aussi du flamenco. Bref, ma culture musicale a été large…


À quand un vrai disque de rock de Souad Massi, toi qui a aussi chanté dans un groupe de hard rock dans ta prime jeunesse ?

C’est un vrai projet que j’ai avec Michel Françoise, en français en plus. Il faut du rock pour dire plein de choses revendicatives.

 

Tu as peur que ton public soit désarçonné par ce disque ?

J’avais peur de heurter mes fans. Le fait que je chante quatre titres en français n’est pas bien passé pour tout le monde. Je me suis fait insulter sur mon site.  On m’a reproché de faire comme les autres, de devenir un produit. Quand je sortirai un album tout en français, je me demande comment ils réagiront ?

 

Pour terminer, voici le premier clip tiré de l'album : Ô Houria.

 


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Derniers commentaires
Par abderrahim le Mercredi 10 Novembre 2010, 15:44

bonjour
je vous adores souad tu etais tjrs mon inspiration ..je vs encourage et bonne coninuation

Par jasmine sabrina le Mercredi 10 Novembre 2010, 9:59

bonjour
je vous aime très fore et bons courage

Par TOURI le Mercredi 10 Novembre 2010, 4:01

Bonjour,
Merci pour cet entretien Souad, tu es toujours égale à toi même, modeste et franche.Rien à dire, il est formidable, j'aime bien ce mélange.Bon courage et à bien tôt en Île de France.
Ps: le fait qu'elle chante en Français ne veut nullement dire qu'elle est "devenu comme les autres pour moi c'est une évolution et surtout une suite logique ( elle vit en France depuis plus de 10ans)


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Souad Massi

Algérie

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