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Le 13/10/2014

Les Wampas : "Votre musique, c'est vraiment de la merde" (interview)

Didier Wampas reprend sa place de poil à gratter de la scène rock française. Après deux albums solo (Taisez-moi en 2011 et Comme dans un garage en 2013) et un enregistrement avec ses fils sous le nom Sugar & Tiger, le chanteur a réactivé les Wampas.

 

Cinq ans après Les Wampas sont la preuve que Dieu existe, le groupe parisien balance les Wampas Font la Gueule, soit 13 titres parmi lesquels "Je voudrais", "Toi et Moi", "Le bug de l'an 2000", "Les Lesbiennes Bavaroises", "C'est pas moi qui suis trop vieux" ("c'est pas moi qui suis trop vieux, votre musique c'est vraiment de la merde!") ou encore "Mars 78" ("La variété française est morte en 78 avec Claude François, toute le monde le sait").

 

Rencontre avec Didier Wampas dont l'honnêteté et l'anti langue de bois font toujours aussi plaisir à entendre.

 

par Olivier Portnoi (photos DR / Yann Orhan)

 

Les Wampas ( )

"Je ne m’en rendais pas compte mais au bout de 25 ans, on tournait un peu en rond."

 

Les Wampas avaient-ils besoin d’un break après le dernier album ?

Ce n’était pas une pause calculée. Elle est venue toute seule. Cela fait un moment que l’on enchaînait les disques et les tournées et on a eu envie de prendre l’air, de chacun faire nos trucs de notre côté.

 

Jouer avec Bikini Machine et avec tes fils dans Sugar and Tiger t-a-t-il été bénéfique au niveau des Wampas ?

Je ne m’en rendais pas compte mais au bout de 25 ans, on tournait un peu en rond. Cela m’a fait beaucoup de bien de jouer avec d’autres gens. Je ne l’avais jamais fait auparavant. Les autres jouent à gauche à droite. Moi non jusqu’ici. Ces expériences ont été rafraîchissantes. Tu sors un peu de ton monde et cela bouscule ta manière de composer et de chanter.

 

Tu t’es aussi retrouvé à jouer dans des endroits beaucoup plus petits. Tu as aimé ce retour aux sources ?

C’est super bien. Avec Sugar and Tiger, on jouait vraiment dans des petits lieux et c’est génial de pouvoir à nouveau le faire. Avec les Wampas, on est 10 sur la route avec un sonorisateur, un éclairagiste, quelqu’un pour le stand et tout le monde veut être intermittent. Quand des petites assos nous proposent de jouer pour 500 euros, ce n’est pas possible. Avec Sugar and Spice, on a pu renouer avec cette scène-là. C’est autre chose.

 

Tu as souvent dit que tu étais anti-perfectionniste. C’est toujours le cas ?

Oui. Dès que j’ai fini un texte, que j’ai tous les mots, hop, c’est fini. Souvent la chanson est faite dans le temps réel de sa durée. En 2 minutes, 3 minutes 30, c’est fini. C’est très rare quand je me dis, tiens je vais refaire le solo ou le refrain. Je conserve le premier jet. La chanson doit être bien comme ça du premier coup. Sinon, on la balance, elle n’en vaut pas la peine.

 

En studio, c’est également aussi expéditif ?

C’est un peu plus long. On fignole un peu. Avec un producteur.

 

Les Wampas ( )

"Cette pochette et ce titre d'album, c’est vraiment une connerie au départ."

 

Pourquoi les Wampas font-ils la gueule aujourd’hui ?

Eh voilà, je vais avoir droit 500 fois à cette question (rires). Quelle idée j’ai eu !

 

Tu l’as quand même cherché non ?

Je devrais réfléchir avant de balancer des conneries pareilles. Je pourrai dire que l'on fait la gueule à cause de la manif pour tous ! Voilà une raison de faire la gueule. Pourquoi est-ce qu’ils retournent manifester ? Franchement c’est bon, Hollande est déjà à terre, pas besoin de plus.

 

Mais pourquoi ce titre ?

Avec les Wampas, on n’avait rien fait pendant 3,4 ans.  On ne répétait plus. Quand on a recommencé, on a fait une photo après la répét sur les conseils de ma fiancée qui tient le facebook. Elle nous disait qu’il serait bien d'informer les gens que l’on rejoue ensemble. Sur cette photo, comme on a l’air de faire la gueule, je me suis dit qu’il serait drôle de créer une fausse pochette avec le titre les Wampas font la gueule. Pour la véritable pochette du disque, on a refait la photo mais en gardant le concept.

 

C’est un peu le propre du groupe de rock de faire la gueule sur ses photos non ?

Oui. C’est pour cela que cela m’a fait marrer. Mais cette pochette et ce titre d'album, c’est vraiment une connerie au départ.

 

 

Les Wampas ( )

"Ce n’est pas évident de rester honnête pour un artiste."

 

"C'est pas moi qui suis trop vieux", le dernier titre du disque, c’est un peu de la provoc ?

J’avais acheté un badge aux Etats-Unis il y a deux ans, où il y avait cette phrase en anglais "c'est pas moi qui suis trop vieux, votre musique c'est vraiment de la merde". Je me suis dit que cela serait cool pour une chanson et que cela ferait des beaux t-shirts. En vrai, j’ai d’abord pensé au t-shirt. Et du coup, j’ai fait la chanson.

 

Tu ne trouves donc pas que tout ce qui sort aujourd’hui c’est de la merde ?

Tout non. Mais pas loin (rires). Ce n’est pas une question de forme. Ce n’est parce que je suis trop vieux, cela n’est vraiment pas ça. En 76, j’avais 14 ans et je pensais la même chose qu’aujourd’hui. Il n’y avait que de la merde avant que le punk arrive. A part Mike Brandt et Claude François. Mes potes écoutaient Genesis, Pink Floyd et Yes. J’ai l’impression que l’on est dans la même situation aujourd’hui.

 

Tu te sens chanceux d’avoir été adolescent en 77 ?

C’est la chance de ma vie. Je remercie le ciel d’avoir eu 15 ans en 77. C’est l’âge où tu cherches quelque chose, où tu attends quelque chose auquel te rattacher et le punk est arrivé pour moi.

 

Quels ont été les premiers groupes punks que tu as entendus ?

Les Clash à la télé. Le lendemain, j'ai couru acheter Best et après, c’était parti.

 

Dans le titre « la fille du train chenille », tu chantes « la difficulté d’un artiste d’être honnête ».

Ce n’est pas évident de rester honnête pour un artiste. Je suis en marge de ça, car je m’en fous de gagner de l’argent et de passer à la radio. J’ai peut-être eu de la chance de travailler, d’être à la RATP. Je n’ai jamais eu de pression financière avec ma musique. Je ne dis pas que tout le monde doit faire comme moi et qu'il ne faut pas vivre de sa musique, mais c’est dur pour eux. Les Bikini Machine viennent de signer la musique d’une pub pour Ford. Je ne le ferai pas pour moi mais tant mieux pour eux. Ce n’est pas facile d’être honnête et d’être artiste. C’est encore plus dur d’être homme politique et honnête.

 

Par le passé, tu avais dit que les succès de la Mano Negro et des Négresses Vertes à la fin des années 80 avaient fait du tort à la scène alternative…

Ce n’est pas du tort, on n’y peut rien mais avant personne ne se souciait de ces groupes. Puis soudain, les labels sont arrivés avec leurs gros sous. Cela change tout. Je suis tombé il y a peu sur un vieil autocollant d’OTH où il y a marqué « le Top 50 ne passera pas par nous ». C’est un peu facile de dire ça, mais aujourd’hui personne n’aurait un sticker avec « je n’en ai rien à foutre de passer à la radio ». Nous on en a rien à foutre mais la plupart des groupes aujourd’hui ont qu’une obsession, passer à la radio. A l’époque, on tirait des 45t à 1000 exemplaires, on jouait dans des squats et on était content. On demandait rien de plus. Puis la Mano a explosé, on nous a proposés de passer à la radio, de jouer partout, de faire çi ou ça pour gagner de l’argent.

 

Comment perçois-tu le téléchargement et l’effondrement des ventes de disques ?

C’est plutôt bien. Qu’il y ait plus de l’argent, c’est pas plus mal. Peut-être que les groupes rejoueront pour des bonnes raisons et referont de la bonne musique.

 

 

 

"Il y a toujours autant de raisons de faire du rock aujourd’hui." 



Les Wampas sont un des rares groupes à être encore debout après plus de 30 ans de carrière. Comment l’expliques-tu ?

Parce que justement, on se fout de gagner de l’argent. On fait la musique qui nous plait. La musique, c’est notre vie. On ne va pas s’arrêter parce qu’un disque ne marche pas. Voilà, ça c’est débile ! De se dire je vais stopper le rêve de ma vie, je vais arrêter la seule chose que j’adore faire parce que les radios nulles ne passent pas nos chansons. Quand tu fais du rock en France, tu t’assimiles forcément pas à la musique commerciale. Les groupes démarrent avec des musiciens de 17, 18 ans, ils font de la musique pas commerciale puis se plaignent de ne pas passer à la radio. C’est normal. Si tu fais du jazz, tu ne vas pas penser télé, radio. C'est pareil pour les musiciens de classique. Le rock va entrer dans le même cercle. Faut accepter. On fait du rock. Ce n’est pas une musique populaire en France et tant mieux quelque part.

 

Qu’est ce qui pourrait provoquer la mort des Wampas ?

Que l’on meurt justement.

 

Voir des anciens disparaître ne doit pas être facile. Je pense à Schultz de Parabellum notamment.

Schultz, c’est triste. Tout le monde l’aimait… En même temps, il est mort comme il a vécu. Il ne faut pas être hypocrite non plus. Schultz est mort à 53 ans mais il a tout fait pour aussi. Quelque part, il a vécu son truc à fond et voilà. Quand Pete Doherty va mourir, on ne sera pas étonné. Il ne va pas vivre 80 ans, même si certains tiennent plus que les autres. Mais si j’avais vécu comme Schultz avec son train de vie, je serai mort depuis longtemps. Je n’aurai pas tenu bien longtemps.

 

Tu continues le sport ?

Oui le vélo. Et les concerts.

 

Te prépares-tu physiquement avant les concerts ?

Non. Je ne m’entraîne pas. Je monte sur scène et je fonce. Mon corps est habitué à force. Je pars à froid, tout ce qu'il ne faut pas faire (rires).

 

Les Wampas :  Votre musique, c est vraiment de la merde  (interview)

 

"150 euros pour voir les Stones sur un écran géant dans un Stade avec un son de merde. C’est ça le rock ?"
 

Vous avez encore des rêves à accomplir après tant d’années ?

On a toujours autant envie de jouer. Et il y a toujours autant de raisons de faire du rock aujourd’hui. Quand tu vois le monde, la manière dont il tourne, tu as envie de t’exprimer. Plus que jamais même. On a de la chance avec les Wampas. On peut jouer, faire des concerts devant des gens qui sont contents de nous voir. Cela reste une chance énorme.

 

Vous avez toujours eu un public fidèle et présent. Qu’importe vos ventes de disques.

Oui. Même si on a jamais rempli les Zenith. Ce que l’on apprécie d’ailleurs. Je n’aimerai pas faire des Zenith. Plus je vieillis, moins j’ai envie de devenir riche et célèbre et de remplir des grandes salles. Faire une tournée des Zenith, cela doit être chiant non ?

 

Pourquoi ?

Plus ça va, moins j’aime aller voir des concerts dans les grandes salles. Les concerts au Zenith, c’est pas bien. Je ne comprends pas les gens. Je suis allé voir les Libertines l’autre jour, et c’était chiant au Zenith. Ce n’est pas cela le rock’n’roll. Le rock se vit dans les bars, les squats, les petites salles. C’est là où j’ai vu les meilleurs concerts de ma vie.

 

Que penses-tu du prix des places de concerts de plus en plus exorbitants sous prétexte que les artistes ne vendent plus de disques ?

C’est des conneries. Tant qu’il y aura des cons pour payer 250 euros pour aller voir Sting ou autres… Avec les américains, c’est toujours pareil. Des mecs comme Neil Young qui se disent proches du peuple, authentiques, leurs concerts sont à 80 euros. Non les mecs, c’est de la merde. Pareil pour Springsteen qui se dit rock ouvrier et propose des places à des prix dingues. Jamais, je n'irai jouer pour 80, 100, 150 euros. Pourquoi Neil Young et Bruce Springsteen coûtent-ils aussi chers ? Ne me dis pas qu’ils ont besoin de tunes, faut pas se foutre de la gueule du monde. C’est contraire à ta musique, c’est contraire à ce que tu véhicules. C’est débile ! Mylène Farmer à la limite. On en a rien à branler de la tune de Mylène, mais Neil Young ou les Stones, non.

 

Les artistes peuvent donc contrôler le prix des places ?

Bien sûr que tu contrôles. Si tes places sont à 200 euros, tu le sais. Il faut arrêter de dire que c’est la faute aux labels, aux tourneurs, à l’économie. C’est trop facile pour les artistes de se cacher de la sorte. Je ne parle même pas des Stones qui sont une multinationale. Ils en profitent, c’est absurde. 150 euros pour voir les Stones sur un écran géant dans un Stade avec un son de merde. C’est ça le rock ?

 

 


Que retiens-tu de votre expérience à l’Eurovision ?

J’ai un seul grand regret. L’Eurovision a été une semaine après l’élection en France de Sarkozy. J’aurai adoré chanter « Il ne fallait pas voter pour lui » en direct dans l’Europe entière. Ca c’est mon grand regret. Sinon, c’était rigolo.

 

 Les Wampas ( )

 

 

 

 

 

 

 

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