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Le 04/03/2015

Fauve : interview pour l'album Vieux Frères - Partie 2

Il y a encore trois ans le projet Fauve n’était qu’intime, un « truc » de potes. Contre toute attente, il est devenu aujourd’hui un phénomène dans l’histoire du rock français. Dixit Fauve, il exprime « le rejet de la dureté des rapports humains contemporains, le refus du défaitisme, le droit à la faiblesse et la quête acharnée du grand Amour (quel qu'il soit) ». Tous ces thèmes ont été effectivement abordés dans leur premier album et continuent à l’être dans la deuxième partie de Vieux Frères. Leur « spoken word » en français sur des textes engagés, posé sur des instrus allant du hip-hop à la pop fascine ou agace… mais ne laisse personne indifférent. Nous avons rencontré le chanteur/auteur et le batteur de Fauve. Comme ils souhaitent garder l’anonymat, nous les appellerons, un peu cavalièrement Chanteur et Batteur.


Fauve ( )

Dans ce deuxième disque, ce sont des textes déjà existants à l’époque du premier volet de Vieux Frères?

Chanteur : Non, tous les titres de ce second album n’étaient pas écrits. Quand nous nous sommes retrouvés en septembre 2013 pour finaliser notre premier album, on a fait le bilan des instrus, des textes, des morceaux que l’on voulait mettre dans le disque. On a commencé à les mettre dans l’ordre, très vite, nous nous sommes vite rendus compte qu’il y avait trop de morceaux. Mais on ne voulait rien jeter. Une tante à nous a suggéré de faire deux albums. Un double album aurait été trop lourd à digérer tant il y a de textes. On ne voulait pas que ce soit indigeste. Ces deux disques, c’est la même histoire qui se suit chronologiquement. Dès la partie 1 de Vieux Frères, nous savions qu’il y allait avoir la partie 2 un an plus tard.


Il y a donc des morceaux récents.

Chanteur : Oui, parce que nous avons vécu pas mal de choses depuis le premier album et nous avons tenu à relater certains évènements. On veut toujours écrire au présent.


Tu emploies le terme « indigeste », ce n’est pas très positif.

Chanteur : Nous sommes lucides là-dessus. Il y a beaucoup de textes et mon débit est rapide. Quand on nous écoute, il faut être attentif en permanence.

Batteur : Ce sont des textes qui sont parfois durs et brutes. Le flow est en accéléré, la musique est obscure… nous savons bien que les gens n’écoutent pas deux fois nos disques pour le kiff. Il faut digérer nos chansons.

Chanteur : On assume parfaitement que Fauve soit indigeste par certains aspects. Même nous, parfois, ça nous fatigue (rires). On a besoin de sortir les choses comme elles sont et nous essayons toujours d’être exhaustifs, ce qui est un peu con parfois. En fait, on ne se pose pas trop de questions. Nous faisons les choses comme nous le sentons.

 




Tu parles vite parce que tu as beaucoup de choses à dire dans un laps de temps très court ?

Chanteur : Il y a de ça et puis il y a un rapport à l’urgence dans mon écriture. J’ai besoin de tout dire et de ne rien oublier. Quand je tape les textes, souvent, ils sont encore plus longs. Pour la version finale, j’épure énormément… mais c’est toujours à contrecœur parce que j’ai l’impression qu’on n’a pas tout dit. Bon, le fait que ce soit plus aéré est certainement plus agréable à l’écoute.


Comme vous l’avez dit tout à l’heure, vous faites de la musique qui s’écoute, pas qui s’entend. On est obligé d’être attentif aux propos.

Batteur : Certaines personnes nous ont dit qu’au début, ils avaient du mal parce que ça demandait trop de concentration. Il y a un effort à fournir, du coup, tu ne peux pas forcément te laisser aller à apprécier les musiques, les mélodies et la chanson dans son ensemble. Il faut deux, trois écoutes pour bien apprécier le tout.


Quelle est la différence notable entre vos deux disques ?

Chanteur : Il y a plus de textes sur le deuxième que sur le premier. Il me semble que Vieux Frères partie 2 est beaucoup plus dense et plus sophistiqué. Il y avait une volonté de notre part de faire un disque plus abouti. On a sorti deux supports qui ont plu, contre toute attente, au-delà de ce que l’on pouvait imaginer. L’idée c’est d’être le plus libre possible et de ne céder à aucune facilité dans l’écriture, les compositions et la réalisation. On a mis plus de temps à faire ce disque que le premier. Il est plus travaillé et, du coup, il est peut-être moins accessible directement, mais nous, nous le trouvons plus complet. Il y a des disques dans lesquels tu mets du temps à rentrer, mais quand tu es rentré, tu as envie d’y rester et même d’y revenir souvent. On espère avoir fait un disque dans cette catégorie-là.


Fauve ( )



Depuis le premier album, vous avez fait énormément de scènes. Et quand on est sur scène, c’est plus direct, on va plus à l’essentiel. Je pensais qu’on allait retrouver la même énergie sur votre deuxième album, mais non.

Chanteur : C’est marrant que tu nous parles de ça parce qu’hier, le guitariste nous citait l’exemple de certains groupes qui, à force d’avoir fait de grosses scènes et d’avoir joué dans des stades, se sont mis à écrire des hymnes. Nous, cela ne nous a pas du tout influencé. Nous n’avons pas fait un deuxième disque grandiloquent.


Vous n’avez pas été tentés de capturer un petit peu plus l’énergie du live ?

Chanteur : Si, mais nous n’y sommes pas parvenus. Quand on a décidé de faire deux disques au lieu d’un, on avait déjà des morceaux en chantier. Ensuite, en avril 2014, on a pris une pause dans la tournée pour coucher tout ce que j’avais écrit entre septembre et avril. Nous travaillons beaucoup sur les ordis, on bidouille, on fait des chansons et après, on apprend à les jouer en live. La plupart des groupes de rock se réunissent, se mettent dans une pièce, jouent, font tourner le truc et ensuite ils enregistrent. Nous on fait complètement le contraire. Cette fois-ci, nous nous sommes dit que ce serait cool d’avoir plus d’homogénéité entre les instruments, de jouer les morceaux dans la même pièce et ensuite de les enregistrer. C’est ce que l’on a fait. Ça apporte plus de dialogues entre les instruments et ça crée une énergie différente. On n’a pas pour autant su capter l’énergie du live. Pour cela, il aurait fallu tout enregistrer en même temps.

 

 



Quand on a des textes si denses, c’est quoi la difficulté ? Ajouter les strates de musique ?

Chanteur : Le carburant des chansons, ce sont les textes d’abord. Ca peut-être parfois une ébauche, une phrase. On se sert de ce point de départ pour écrire une instru en se demandant si ça colle à l’émotion que l’on veut faire passer. Quand on a un début de quelque chose musicalement, là, on adapte le texte pour qu’il s’intègre bien à la mélodie. Comme je fais presque uniquement du « parlé », il faut que ça pénètre bien dans la rythmique. Il faut que le pouls du texte colle au pouls de l’instru. Tu as un mouvement pendulaire tout le temps.


Tu chantes un peu plus sur ce disque-là.

Chanteur : Oui, c’est vrai. Mais je n’aime pas trop ma voix « chantée ». Ma maman et mes copains me disent que c’est joli quand je chante, alors je leur fait plaisir (rires).

Batteur : Il n’assume pas trop quand il chante, mais sur certaines chansons, cela s’impose. Sa  voix chantée colle bien à certains titres plus légers. C’est important un peu de varier la façon de faire entendre les textes.


Vous n’aimez pas que l’on dise que vos textes sont pleins de poésie et de lyrisme.

Batterie : Parce que nous assumons justement l’absence de lyrisme et de poésie.

Chanteur : Nous revendiquons plus l’émotion au premier degré. Le premier degré peut faire penser à du lyrisme, je ne sais pas.

 


Fauve ( )


Abordons un autre sujet qui fait parler : votre comportement dans le métier. Le fait de ne pas vouloir montrer vos têtes avec ostentation, de ne pas faire de la promo normale, de ne pas vouloir être classifié, de ne pas aller aux Victoires de la Musique… Vous comprenez que vous pouvez énerver.

Chanteur : On peut le comprendre. Ce que l’on fait est hyper ludique, mais nous n’avons jamais été antisystème. On est juste pro-Fauve. On n’a jamais été dans le refus pur et simple, on est toujours constructifs dans ce que l’on fait. On n’accepte que les propositions qui sont bonnes pour Fauve, mais ce n’est pas pour donner un coup de pied au système. Parce que, dans une certaine mesure, on fait partie du système. Enfin, je trouve cette considération accessoire. 


Et pourquoi refuser d’aller aux Victoires de la Musique ?

Chanteur : La raison principale est simple: on ne veut pas se montrer. Et quand on participe aux Victoires, on ne peut pas échapper à la surmédiatisation, aux photos, aux reportages, aux interviews avec n’importe qui… c’est tout ce qu’on ne veut pas imposer à Fauve.

Batterie : Ce n’est pas que l’on ne se montre pas, parce que là, nous sommes devant toi et tu nous vois. Nous voulons juste de la discrétion.

Chanteur : Nous avons toujours souhaité être discret, avant même que le premier disque soit publié. Quand on avait juste 35 personnes sur notre page Facebook, la décision de se montrer avec parcimonie était déjà prise. Je vous jure qu’il n’y a aucun calcul dans notre démarche. Il n’y aurait pas eu l’exposition médiatique que nous avons en ce moment, ça n’aurait rien changé.

 

 

Fauve ( )


Vous proposez de nombreux clips de vos morceaux.

Chanteur : On adore faire des clips. C’est une autre manière de raconter l’histoire du morceau. C’est un merveilleux terrain de jeu.

Batteur : C’est aussi une façon d’impliquer tous les gens du collectif.


Vous êtes combien dans ce collectif ?

Chanteur : Entre quinze et vingt. Ou vingt-cinq.

Batteur : Il n’y a pas de chiffre officiel, ni carte de membre.

Chanteur : Fauve, c’est une nébuleuse. C’est même presque théorique comme idée.


Ne pas être reconnu, est-ce aussi un moyen de ne pas prendre la grosse tête et de rester zen par rapport à l’immense succès que vous rencontrez en termes de ventes de disques et de fréquentation de vos concerts.

Chanteur : On se rend compte de certaines choses, bien sûr, mais quand tu es dedans, c’est complètement différent. Nous ne faisons que travailler, alors on a la tête dans le guidon. Et puis, encore une fois, on essaie de se préserver, donc on est beaucoup moins exposé que ce que tu imagines.

Batteur : On est vingt, on ne montre jamais nos gueules… c’est comme si tu bossais pour une marque. On ne parle jamais de toi, mais on parle de la marque pour laquelle tu travailles.


C’est la meilleure façon de faire ce métier. Vous avez tous les avantages, sans en avoir les inconvénients.

Chanteur : A la question de savoir pourquoi on ne se montre pas, il y en a un d’entre nous qui répond toujours : « donnez-moi une seule bonne raison de faire le contraire ». Personne ne sait jamais quoi rétorquer à cela.


Quand on parle de vous comme un groupe générationnel, ce sont des mots forts, quand même, non ?

Chanteur : C’est une réflexion dont on se détache systématiquement depuis que nous l’entendons. On n’est pas là pour devenir ça.

 

 

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