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Le 16/04/2015

Eric John Kaiser : interview du French Troubadour

Depuis 8 ans, Eric John Kaiser parcourt les routes américaines en tant que French Troubadour. Ce musicien folk né à Paris de mère américaine a travaillé en maison de disques puis sur D8 en tant que journaliste musical avant de s'investir corps et âme dans sa musique. Nourri à la folk américaine, Eric chante principalement en français. Ce mix des cultures lui permet de se distinguer aux Etats-Unis. Il vient de publier un nouvel album appelé Idaho.

On a voulu en apprendre un peu plus sur ce singer songwriter basé à Portland. Bienvenue dans le Parisian Americana. Le road trip est garanti.


Eric John Kaiser : interview du French Troubadour 

 
Ta culture musicale est-elle principalement anglo saxonne ? 

Eric John Kaiser : Oui bien qu'elle soit aussi française pour les textes. Mes héros musicaux sont des gens comme Josh Ritter, Ryan Adams, Bob Dylan, Neil Young, des songwriters, des artistes indés comme Xavier Rod ou l'australien John Butler. J'aime bien aussi des trucs plus mainstream comme Paul Simon par exemple. Mais plus ça va, plus j'écoute la musique locale de Portland où il y a vraiment une scène qui se développe. Tu peux aller voir tellement de concerts qui ne coûtent rien, entre 5  et 10 dollars. C'est facile d'y découvrir des artistes, de partager des scènes, de se laisser influencer. Concernant la musique en France, je suis un peu déconnecté. J'aimais bien le premier album de Thomas Dutronc et certains titres de la Rue Kétanou pour les textes. A part ça, je suis attaché aux grands classiques comme Brel.

  

Les gens qui viennent te voir en concert aux Etats-Unis savent-ils que tu es français ?

Oui. Absolument.

 

Pour eux, c’est exotique un chanteur français ?

Carrément oui. Les Etats-Unis sont un gigantesque pays. La réaction des gens varie selon les endroits. Dans les grandes villes comme San Francisco, Los Angeles, New York ou même Seattle et la Nouvelle Orléans, où il y a une grande population française et du boulot pour les français, le public est un mix entre des francophones et des américains. Quand je joue sur Portland, dans l’Idaho ou dans le Montana, il n’y a pas de français par contre. Là, je suis super exotique. Les américains sont curieux de la langue française et de sa sonorité.


 


Tu te situes dans cet univers folk songwriter ?

Au Québec, ils disent chansonnier. En France, c’est auteur compositeur interprète. Pour moi, c’est plus songwriter. Ce que j’essaie de faire, c’est de connecter avec les gens par les chansons. Quand c’est en français, ils ne comprennent pas forcément, alors je prends le temps de leur expliquer de quoi parle la chanson avant de la jouer. Ensuite, je joue sur l’énergie et la mélodie. 

 

Qu’est-ce qu’on te demande le plus souvent par rapport à ta nationalité ?

Cela va de "est ce que c’est vrai que les français n’aiment pas les américains ?" qui est récurrent à "on va à Paris dans deux mois, tu nous conseilles d’aller où ?". En général, ce sont les stéréotypes qui reviennent. J’attire aussi beaucoup ceux qui ne savent pas parler français mais qui apprennent et qui tiennent absolument à discuter en français avec moi. Quand tu joues là-bas en tant que français, tu deviens malgré toi ambassadeur de ton pays d'origine. Mais je n’ai jamais eu de problèmes parce que je chantais en français. La France a plutôt une image positive et très classe. Parfois un peu image d’épinal du romantisme et de la bonne bouffe. Ce sont ses valeurs que la France exporte au niveau du tourisme. Mon kif est de jouer dans des endroits totalement paumés comme dans le Montana où ils n'ont entendu de français de leur vie.  Je fais toujours le parallèle avec des amateurs de vin. Je vis dans une région où l’industrie du Pino se développe. Plein d’américains sont amoureux du vin français et rêvent de venir en Bourgogne pour voir comment il est fait. Je suis l’inverse. Je suis ici et au quotidien, je m’imprègne de leur culture et j’apprends.

 
Eric John Kaiser : interview du French Troubadour 

 

Avant l'interview, tu me disais donner 3 à 5 concerts par semaine.

Oui car je vis de mes concerts. Et ici aux Etats-Unis, il n'y a pas d'intermittence, pas de couverture santé. Tourner est la seule manière pour moi de gagner de l'argent et de vendre mes disques. Je fais un peu de tout. Pour la sortie du nouvel album, j’ai tourné dans des clubs sur la côte Ouest, j’ai bossé avec une attachée de presse pour la promo, c’était plus organisé. D’autre fois, je joue dans des bars ou pour des soirées privées. Je suis régulièrement invité sur des évènements destinés aux français et à ceux qui aiment la langue française. Il y a quelque chose de génial pour moi de pouvoir, seul avec ma gratte, jouer mes chansons, produire mes albums et vivre de ma musique dans un pays qui représente tellement pour moi au niveau musical. Beaucoup de villes américaines ont un héritage musical qui a compté dans ma vie. J'ai toujours été un amoureux de Pearl Jam, Soundgarden, Nirvana par exemple et la première fois que j'ai joué à Seattle, cela m'a fait un truc. J'y avais fait la première partie des Stereophonics. C'était génial. 

 

Ton parcours est assez atypique puisqu’auparavant, tu travaillais en maison de disques.

J’ai travaillé pour Source, V2, puis je suis devenu journaliste musical pour D8.

 

Tu as aussi un temps managé le Saïan Supa Crew ?

Oui.

 

Que s’est-il passé pour que tu décides de passer du côté artiste ?

J’ai toujours joué de la musique. J’ai beaucoup tourné sur Paris. Mais il était impossible d’en vivre. Du coup, je bossais en parallèle. A D8, je me suis rendu compte que la télé, ce n’était pas mon truc. J’ai rencontré quelqu’un de Portland, je l’ai suivi et je suis tombé amoureux de cette ville. J’ai tenté l’aventure. Cela a vraiment été un coup de cœur. Tout ce que j’ai fait avant me sert. Autant pour le marketing musical que pour caler des dates.

 

Le boulot de promo a dû vraiment changer depuis les années 2000 où tu étais en maison de disques ?

A l'époque, le CD était roi. Il était un produit de grande consommation. Aujourd'hui, j'évolue dans un marché de niche. Je travaille comme un artisan en quelque sorte. Internet a également tout changé. Avec internet, tu es en contact direct avec ton consommateur. Cela permet aux petits artistes d'exister même si l'énorme challenge est de parvenir à sortir du lot.

 

 

Combien d'exemplaires vends-tu par album ?

Sur la durée, le premier, l'Odyssée, s'est vendu à 1500 copies. Ceci en 7 ans et en tournant énormément. Je suis sur iTunes et sur d'autres sites numériques, mais sans gros moyen marketing, c'est difficile de se démarquer. Pour Idaho, j'ai monté une campagne participative, ce qui était vraiment intéressant. Cela implique les gens. Ils deviennent parti intégrante du projet. En participant financièrement en amont, ils te font confiance pour délivrer un produit de qualité. C'est un modèle de financement qui fonctionne bien. C'est comme les gens qui précommandent un vin précis d'une année sur l'autre. Le web est bien pour ça. 

 

Tu es parti à plusieurs reprises en tournée avec Tété ?

Oui. C'était une super aventure. Je le connaissais un peu sur Paris. On avait vu un concert de Ryan Adams ensemble. On avait bien discuté. Comme moi, c'est un grand amoureux des Etats-Unis, de la musique blues, folk. Un jour il y a 7 ans, il m'a envoyé un e-mail ayant vu que je tournais aux Etats-Unis. J'ai monté un road trip avec lui sur la côte Ouest. On en a fait deux autres par la suite et il a enregistré un de ses disques à Portland. Il m'a invité à jouer avec lui en France et en Belgique.

 

Eric John Kaiser : interview du French Troubadour

 

 

A Portland, tu t'occupes de programmer dans une salle ?

J'organise des "songwriter showcases" où des artistes peuvent monter sur scène 20 à 30 minutes afin  de présenter leur musique. Cela leur permet aussi de rencontrer d'autres songwriters. Dans la culture américaine, il y a un véritable héritage folk. Tout le monde joue de la guitare à un moment ou un autre de sa vie, et il y a cet amour de raconter des histoires avec une guitare. C'est ça le songwriting.  Aux Etats-Unis, il y a pas mal de clubs de 500 places où les gens vont voir des artistes raconter des histoires avec leurs guitares. Comme en Irlande il me semble.  C'est une chance pour moi de vivre cela au quotidien. Portland est une ville où il y a beaucoup de studio indés, de musiciens. Il est facile d'y produire des disques de qualité à des coûts par trop élevés. 

 

 

Parles nous de ton album Idaho. 

J'ai écrit toutes les chansons dans un vieil hôtel cowboy de l'Idaho construit sur des sources d'eaux chaudes à 5 heures de Salt Lake City. J'ai voulu m'isoler quelque temps afin de composer ce disque. L'Idaho est un peu le trou du cul de l'Amérique. Il y a des patates, leur spécialité, et c'est tout.  Puis des rednecks avec des flingues. Ce que j'adore dans cet état, ce sont leurs grandes espaces. C'est l'Ouest, le western. J'écrivais des chansons le matin et le soir et l'après midi, je me baladais et je m'inspirais de l'endroit. Tout cela pendant quelques semaines. Là bas, je me suis fait quelques open mic locaux où les "bar fights" sont fréquents. Il faut faire gaffe car ils ont tous des flingues.

En tant qu'artiste solo qui tourne seul, ce n'est pas difficile cette solitude sur la route ?

Si. Mais je joue de l'harmonica au volant maintenant. Je peaufine mes techniques. J'écoute aussi des disques, des podcasts. Toutes les distances sont énormes aux Etats-Unis. Cela peut être dure. Mais c'est aussi parfois bien d'être seul. Puis j'adore tourner. La plupart de mes amis actuels sont des gens que j'ai rencontré sur la route. C'est un métier de passion et d'aventure humaine. Les Etats-Unis, c'est le pays du road trip.

 

 

Découvrez la musique d'Eric John Kaiser sur son site ou son facebook.

 

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