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Caravan Palace : interview pour la sortie de Panic

Caravan Palace revient avec Panic un deuxième album steampunk (ou "rétrofuturisme"), entre jazz manouche et sons électroniques très actuels. Plus "electro-swing" que jamais, le groupe creuse et enrichit le sillon tracé par l’opus précédent (150 000 exemplaires vendus). Les rythmiques sont de plus en plus sophistiquées, plus variées aussi et leurs couleurs musicales naviguent aux frontières du trip hop. Caravan Palace décloisonne les frontières musicales. Un vrai feu d’artifice sonore qui emballera toutes les générations.


Caravan Palace ( )


Cet album est un peu différent du premier. Il y a notamment un peu plus de synthés. Il est plus electro…

Oui, tu as raison. On est friand de musique électronique, on avait envie d’en rajouter une petite couche par rapport au premier. A l’époque, c’était un souci permanent de ne pas privilégier, ni le swing, ni l’electro, et quelque part, je pense que ça nous a légèrement bridés sur certains aspects. Dès que nous avons pris la décision de nous lâcher sur les synthés pour le second, ça nous a permis de retrouver une certaine liberté. On écoute tous énormément de musiques électroniques et un peu moins de swing. Du coup, ça s’en ressent dans Panic.


Mais je suppose qu’il était hors de question d’abandonner le côté swing.

On y a pensé, mais dans ces cas-là, ce n’est plus Caravan Palace. Et puis, très sincèrement, c’est une musique qu’on aime beaucoup jouer.


Vous avez commencé votre carrière avec ce genre-là en composant la musique d’un film porno censé se passer dans les années 30…

Oui, mais déjà, nous jouions dans un groupe de jazz manouche. A la base, on avait déjà les deux pieds dans le swing. Cette commande un peu particulière est juste le déclencheur parce que c’était la première fois qu’on s’attelait à mélanger les deux genres, les beats électroniques sur du  jazz manouche, « officiellement ». C’était l’occasion de prendre notre temps et de nous y coller. Parce que c’est vraiment beaucoup de boulot, je t’assure.


Vous ne vous êtes pas demandé si ce son/cette musique/ce mélange allait intéresser du monde ?

Quand on fait de la musique, il y a toujours un risque, mais franchement, on le sentait bien. Aujourd’hui, la scène electro swing commence à être assez riche, mais à l’époque, nous étions rares sur ce marché là. C’est une musique de nos grands-parents, certes, mais  en même temps, Sanseverino, Thomas Dutronc, des gens comme ça, ont prouvé que le jazz manouche intéressait les jeunes. D’ailleurs, en 2005, à Paris, il y a eu une explosion de groupe de jazz manouche, on a vraiment senti qu’il y avait un truc spécial qui se passait autour de ça.


Mais vous dites partout que vous ne considérez pas que vous faites du jazz manouche, vous !

Non, effectivement, c’est de l’electro swing. Bon, au fond, tout ceci n’a aucune importance. Ce qu’il y a d’intéressant à être difficilement qualifiable, c’est qu’on est invité dans des festivals de toutes natures.  Rock, jazz, electro, world… du coup, ça nous ouvre les portes partout.


Vous êtes une belle bande de tripatouilleurs de sons.

C’est notre métier de base. Nous sommes des instrumentistes. Mais la production des musiques électroniques est assez vicieuse parce que l’on se retrouve derrière un ordi, du coup, on a l’impression qu’on ne joue pas vraiment. On joue de l’ordinateur, on affine la technique, on devient des virtuoses de la souris et du clavier. Il y a des choses qui peuvent être considérées comme complètement ésotériques quand des gens viennent nous regarder jouer.


Caravan Palace : interview pour la sortie de Panic


Passer du studio à la scène, c’est compliqué ?

On essaie de se rapprocher au maximum de l’album, mais tu ne peux pas avoir la précision d’une ligne midi parfaitement écrite. Cela étant, c’est ce qui fait notre charme sur scène… parfois on fait des petits pains, mais ça ne dérange pas le public. Le live, c’est la vérité.


Dans le premier album, vous n’étiez pas totalement satisfaits de la production, pourtant déjà léchée. Le second satisfait-il à vos attentes ?

On est plus vers ce que l’on recherchait à la base. On colle vraiment à l’ambiance qu’on a voulue pour cet  album. Comme on a affiné notre technique, on est devenu très exigeant. Les breaks, on les a tous écoutés 150 fois pour être complètement sûr du résultat et des effets souhaités.


Écoutez-vous ce que font les autres groupes?

Oui, mais nous ne sommes pas facilement influençables, en particulier par le milieu electro swing. Pour être franc, on ne se retrouve pas dans cette production. Et puis, dans cet album, on a vraiment essayé de diversifier les formes. On ne fait pas du Poum Tchak systématiquement. On essaie de varier les ambiances et les tempos. Ça change tout de suite la tonalité de l’album. On vit une époque formidable ou la musique électronique est pleinement rentrée dans le siècle et dans les oreilles des gens. Il n’y a plus les personnes qui vont dans les raves et qui prennent de la drogue et ceux qui écoutent Johnny Hallyday. Maintenant tout est complètement l’un dans l’autre.


Combien vous êtes précisément dans le groupe ?

Nous sommes quatre compositeurs.


Comment faites-vous pour bosser, imposer vos idées, vous entendre ?

On a tous chacun nos Home Studios. On travaille tous dans notre coin, puis on s’envoie nos prods par mails. En général, s’il y a une réaction dans l’heure, c’est bon signe.  C’est que ça excite les autres. S’il n’y a aucune réaction, on passe à autre chose.


C’est pratique de bosser chacun de son côté ?

C’est même nécessaire. Si on devait se retrouver à quatre pour travailler, comme nous l’avons fait pour le premier album, 24h sur 24, on n’avancerait pas. Parfois, tu as besoin de te retrouver seul pour aller au bout de ton idée, même si elle est pourrie. Au moins, on peut aller au bout des choses, alors que si tu as un petit regard derrière toi qui mate tout ce que tu fais, c’est un peu lourd à gérer.


Savez-vous quand le travail est complètement accompli ? Quand on est 4 perfectionnistes, j’imagine que c’est difficile de savoir s’arrêter.

Oui, mais pas tant que ça. Par contre, quand on l’écoute à ce stade, on entend encore 1000 défauts.  C’est notre deuxième album, il est comme il est. Certainement perfectible, mais bon, on a toute la vie pour faire le disque idéal.


Aujourd’hui, j’imagine que vous pensez au live.

Oui, et il y a beaucoup de boulot. On va ajouter des morceaux, en rallonger d’autres, retravailler des anciens, bref, on ne chôme pas tant que la machine n’est pas lancée.


C’est le fait de savoir que ces morceaux vont finir sur scène qui vous motive ?

C’est effectivement le moteur, la récompense. Tu te prends la tête pendant un an à faire un album, après tu vois le public qui vibre aux sons de ton travail… c’est une sacrée concrétisation.


Savez-vous ce qu’aime votre public chez vous ?

Je pense que c’est notre énergie. On nous dit qu’elle est contagieuse. On est un groupe anti crise. On a un sacré booster dans le groupe, c’est notre chanteuse,  Zoé. Elle envoie le bois elle aussi.


La voix est d’ailleurs un peu plus présente dans cet album, même si c’est beaucoup une histoire de samples.

Oui, disons qu’on met pas mal de traitements sur la voix de Zoé. Avec les samples, on ne sait plus trop où est la vraie voix. Mais, dans Caravan Palace la voix n’est pas l’instrument principal. Nous, c’est le son qui prime, avec un texte qui soit swing. Historiquement, dans le swing, il n’y a pas un sens de dingue. Ça parle toujours d’amour et de danse. Ça nous va très bien. Nous ne sommes pas un groupe engagé. On veut juste divertir les gens.

interview François Alquier


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