Austra : le révélation electro canadienne en interview
Découverte electro 2011, Austra est un trio de Toronto, partie de Crystal Castles, centré autour de sa chanteuse et principale compositrice Katie Stelmanis. Agée de 26 ans, la jeune femme focalise toutes les attentions avec sa voix saisissante, théâtrale, connotée à l’opéra qui prend le contre-pied des beats electro et dansants de sa musique. Noir, atmosphérique, d’une grande puissance fantasmagorique, Feel It Break, le premier album d’Austra paru chez Domino Records, plonge dans une transe sonique dont il est difficile de s’extraire. Deux singles en ont déjà été tirés : le controversé "Beat and The Pulse" et "Lose It".
Austra a été décrit comme un groupe dance avec des émotions. Cette définition te convient-elle ?
Katie Stelmanis : Oui. Je n’ai jamais pensé que nous étions purement dance. Je suis tombée par hasard dans la musique électronique. Ce n’était pas prémédité. Au départ, j’ai commencé à travailler avec des ordinateurs parce que je voulais enregistrer de la musique orchestrale. Or utiliser le midi m’offrait toutes sortes de sonorités à partir de mon clavier. Au fur et à mesure, ma musique est devenue de plus en plus simple, dansante et accessible. Mais, je ne me sens pas particulièrement liée à la scène électro.
Enfant, tu as chanté pendant quatre ans au sein de la Canadian Childrens Opera. Qu’en as-tu gardé ?
Katie Stelmanis : J’utilise aujourd’hui des harmonies vocales typiques de l’opéra et j’adore écrire de la musique en pensant à la voix comme instrument. La musique classique est une de mes grandes influences. Je n’ai écouté que ça jusqu’à ce que j’ai 18 ou 19 ans. J’étais obsédée par les tragédies et l’aspect dramatique de l’opéra. Cela a influé sur ma manière d’écouter et d’écrire de la musique. Notamment dans le fait que j’utilise plus les mots pour leur sonorité que pour leur sens. Après la musique classique, j’ai découvert Nine Inch Nails, PJ Harvey, Nina Simone, Björk, Queen. Ils m’ont ouvert à d’autres univers. Puis je dois aussi citer The Knife parce qu’ils ont introduit la dance dans l’indie rock. Je me sens aussi proche de Gossip, Owen Pallett et Hercules and Love Affair.
Ta voix est souvent comparée à celle de Florence and The Machine.
Katie Stelmanis : C'est flatteur. Je trouve effectivement que nous avons des intonations similaires.
Tu as chanté pour le groupe punk de Toronto Fucked Up. Leur fonctionnement est-il un modèle pour toi ?
Katie Stelmanis : Absolument. J'adore ce groupe pour sa musique et ses musiciens. J'aime leur approche Do It Yourself dans leur manière de gérer leurs affaires. Ils sont tous très politiques, engagés en ayant en plus des super goûts en musique. Ils m'ont bien sûr pas mal aidé et toujours soutenu.
Vous n’avez jamais caché l’affiliation d’Austra au mouvement gay. Te retrouves-tu dans le combat mené par Gossip et The XX ?
Katie Stelmanis : Je n’ai pas peur d’être étiquetée groupe gay. D’autant plus que notre démarche me paraît assez intègre et honnête pour que notre sexualité ne passe pas avant notre musique. Je suis prête à défendre nos points de vue politiques, mais au final, mon but est de continuer à écrire une musique intéressante et développer une carrière autour de ça. Nous sommes d’abord un groupe puis il s’avère que certains d’entre nous sommes gays. Maintenant ce qu'entreprend Beth Ditto de Gossip est génial. Elle a énormément fait pour la communauté gay et lesbienne. Il est temps que des groupes soutiennent ses actions. Elle a été mon idole il y a quelques années lorsque j’étais encore adolescente.
La video du single “Beat and The Pulse” a été censurée par youtube pour sa teneur érotique. Vous attendiez-vous à une telle interdiction ?
Katie Stelmanis : Je savais qu’il serait censuré par youtube. C’est caractéristique des valeurs de l’Amérique du Nord. Il y a quantité d’images violentes et de clip pleins de haine sur youtube. Mais notre société veut que tout cela soit bien plus acceptable que de montrer les seins nus d’une femme. Cette controverse dit beaucoup de choses sur l’état d’esprit de l’Amérique.
Interview Olivier Portnoi
MusiqueMag.com

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